Je ne savais pas

Et quand je t’ai tenu dans mes bras, toi, mon enfant, mon tout-petit, plus que jamais, j’ai su: je ne savais pas.

Certaines personnes ont toujours su, savent, et sauront toujours; je ne suis pas de celles-là.

Ma route a été, est et sera (probablement toujours!) sinueuse, cahoteuse, monte, descend, tombe, relève.

Je n’ai jamais été cette petite fille de 5 ans qui a toujours su qu’elle voulait être enseignante, ou cette autre qui devait impérativement devenir maman.

Non.

Moi, je suis cette fille qui, à 14 ans, a rencontré le conseiller en orientation de son école secondaire. Celui-ci, au regard du test que je m’étais efforcé de bien remplir (!), m’a suggéré trois choix de carrière, à savoir les suivants: clown, prêtre, ou tatoueuse…

… j’ai ri ma vie!

Parce que, aussi ridicule que ce soit, ça, c’est moi: un peu – pas mal! – éparpillée, mais sans limites, carrément passionnée et toujours ouverte à la vie, à ses possibles et au vent qui souffle.

C’est ainsi qu’à 18 ans, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari.
Je n’avais aucun de plan de vie, pas de certitude; lui non plus.
Alors comme on s’aimait, on a décidé de prendre un risque et d’avancer ensemble.

Puis ensemble, deux ans plus tard, on s’est lancé dans le vide: on est devenu parents.Et quand je t’ai tenu dans mes bras, toi, mon enfant, mon tout-petit, plus que jamais, j’ai su: je ne savais pas.

Je ne savais pas la fatigue et les nuits blanches.
Je ne savais pas les pleurs.
Je ne savais pas l’impuissance.
Je ne savais pas les doutes.
Je ne savais pas la culpabilité.
Je ne savais pas la-broue-dans-l’toupette.

Je ne savais pas non plus les sourires.
Je ne savais pas les rires.
Je ne savais pas la douceur.
Je ne savais pas tes petits doigts sur mon visage.
Je ne savais pas la magie et les étincelles.
Je ne savais pas l’amour.

Puis le vent a soufflé très fort; tu as aujourd’hui huit ans.
Et maintenant, je sais.

Je sais ta curiosité, ta soif d’apprendre et ton désir, insatiable, de découvrir.
Je sais ton intelligence, ton imagination infinie.
Je sais ta liberté de penser et ta passion de l’écrit.
Je sais les lego-qui-s’empilent-sur-la-table-de-la-cuisine.
Je sais le-petit-moulin-à-paroles-qui-ne-peut-pas-s’arrêter.

Je sais aussi les crises d’asthme.
Je sais la nécessité de bouger pour apprendre.
Je sais l’hypersensibilité.
Je sais les mauvais rêves.
Je sais les monstres-dans-le-placard.

Je sais surtout l’être merveilleux, unique, que tu es, que tu deviens, que tu seras.

Mon enfant, je ne t’empêcherai jamais de tomber; mais je serai là pour t’aider à te relever.
Je ne t’empêcherai jamais de pleurer; mais tes larmes, je serai là pour les essuyer.
Je ne saurai t’empêcher de souffrir; mais je serai là pour t’encourager à ne pas t’enfuir.

Puis, le vent soufflera très, très fort et déjà, tu nous quitteras pour un ailleurs à venir.
Parce que le temps, mon enfant, nous glisse parfois entre les doigts.

Et peut-être que ce jour là, je réaliserai qu’au fond, je ne savais pas.

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