Parler ma langue maternelle avec mon enfant: une expérience enrichissante!

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Un enfant peut-il apprendre plusieurs langues sans que cela ne lui cause un trouble du langage? Vous arrive-t-il de vous poser cette question pour laquelle vous aimeriez avoir une réponse? Olmaille vous raconte son expérience avec sa fille Maya, 3 ans.

* Version en créole disponible ici.

En février 2017, une nouvelle page s’ouvre dans ma vie. Me voici maintenant au Canada. À entendre les gens parler, je me demandais si mon français était identique au leur. Est-ce que je vais pouvoir me faire comprendre en m’exprimant? Au départ, j’étais perplexe par rapport à mon accent. Je n’ai pourtant pas reçu un diagnostic de dysphasie: difficulté à s’exprimer et à se faire comprendre verbalement. Mais d’où me venait l’idée de ne pas pouvoir me faire comprendre par les Québécois? J’avais des doutes à ce niveau. Bon, aujourd’hui je ne me fais plus de soucis car j’ai réalisé combien c’est fascinant d’observer la diversité des accents qui existent au Québec. Ceux d’ici et d’ailleurs sont comme une mélodie à mes oreilles et ça fait du bien de les entendre!

Langue parlée à la maison

«Hé, Olmaille est-ce que tu parles créole avec ta fille?» C’est la question que me posent souvent mes proches, autant mes amis québécois que ma famille en Haïti, car ils veulent savoir si je partage ma culture haïtienne avec mon enfant.

«Oui, oui, bien sûr je lui parle en créole parce que je veux qu’elle comprenne et parle très bien ma langue maternelle». Je n’ai pas de préférence au niveau des accents. Est-ce qu’elle va adopter un accent haïtien ou québécois? Elle va avoir un accent hybride, un peu haïtien, un peu québécois. C’est «ben correct», en bon québécois.

Étant immergée dans la communauté québécoise, ma fille Maya, 3 ans, n’aura aucune difficulté à comprendre et à parler le français. Pour lui faciliter l’apprentissage du créole, nous avons décidé d’utiliser uniquement cette langue dans les interactions avec elle.

Pour nous, parler notre langue maternelle avec Maya, c’est la transporter dans notre culture, lui faire découvrir de nouvelles choses. Pouvoir communiquer dans une langue ne consiste pas seulement à apprendre la grammaire, le vocabulaire, etc., mais c’est aussi et surtout plonger dans la culture du peuple qui la parle, comprendre sa vision du monde.

  • C’est important pour moi que ma fille puisse tisser des liens avec ses grands-parents, ses oncles et tantes, ses cousins et cousines qui vivent en Haïti. Écouter ma fille interagir en créole avec mes parents me procure du bonheur.
  • C’est important pour moi qu’elle développe un amour pour la nourriture de là-bas. Qu’elle puisse plonger dans mes racines, se familiariser avec les gens de mon pays d’origine. Pourquoi ne pas leur partager un peu de la culture de ma fille qui est aussi Québécoise!

Parler ma langue maternelle avec ma fille, c’est d’être libre d’exprimer mes émotions, et mes sentiments sans difficulté. Je jure qu’il y a des expressions dans nos langues maternelles qui sont difficilement traduisibles dans d’autres langues. Traduire nos blagues créoles en français? Ça, je n’arrive pas. Je trouve que ce n’est pas «rigolo».

Je crains de parler ma langue maternelle avec mon enfant pour éviter qu’il soit confus dans son apprentissage langagier.

Parler sa langue maternelle avec son enfant: oui ou non?

C’est la question que certains parents issus de l’immigration se posent. Oui, effectivement des parents immigrants hésitent à parler leur langue maternelle avec leurs enfants, de peur que l’enfant ait de la difficulté à parler la langue de la majorité, le français, dans le cadre du Québec.

Étant moi-même parent de la petite Maya, je comprends le souci de ces parents. Avant la naissance de ma fille, je côtoyais des familles qui ne parlaient que le français avec leurs enfants et qui hésitaient à parler leur langue maternelle avec eux. Certaines ont leurs raisons personnelles. C’est normal, on ne va pas non plus juger leur choix. Mais, pour d’autres, c’est la peur de mélanger leurs petits avec plusieurs langues.

En parlant de cela, je me rappelle Diding, ma cousine haïtienne qui vit depuis plus de 10 ans au Québec, qui avait des inquiétudes par rapport à sa petite fille qui d’après elle présentait un trouble de langage. Elle croyait que cela était dû au fait qu’elle parlait le créole à la maison. Finalement, son langage s’est développé et elle n’éprouvait aucune difficulté comme le prétendait sa mère.

Contrairement à ce que ma cousine pensait, des études ont démontré qu’il est plus facile pour un enfant qui parle sa langue maternelle d’apprendre une nouvelle langue, et qu’apprendre une deuxième langue n’infère pas un retard de langage. Grâce à la plasticité du cerveau de l’enfant, il est capable d’acquérir de nouvelles habiletés, donc apprendre plusieurs langues en même temps. Un enfant qui a un retard de langage aura de la difficulté dans les deux langues.

Ma fille a 3 ans et elle fait déjà la différence avec qui elle doit parler le français ou le créole. Je me suis renseignée auprès de ses éducatrices pour savoir dans quelle langue elle leur parle. Youpi! C’est en français. Donc, déjà elle associe le français à la garderie et le créole à la maison. Oui, quelquefois elle mélange les deux. Pas d’inquiétude! Cela arrive même avec les adultes bilingues. Ce que j’évite c’est de mélanger les deux langues dans une même phrase.

Exposition à la langue

Les spécialistes mentionnent que d’apprendre à parler une langue nécessite une exposition constante à celle-ci. C’est pourquoi je fais du mieux que je peux afin de mettre en place des activités qui permettent à ma fille d’être tout le temps exposée au créole. Plus elle est en contact, plus elle va manifester de l’intérêt à le parler. J’essaie de faire du créole la langue de conversation de tous les jours. Bien sûr je fais preuve de politesse quand nous sommes en présence de gens qui ne comprennent pas le créole.

Mes astuces pour faciliter son immersion

  • Tous les jours, j’appelle mes parents en Haïti pour qu’ils puissent converser avec ma fille.
  • Je lui raconte des histoires en créole.
  • J’écoute les radios haïtiennes à la maison.
  • Je chante avec elle en créole.
  • À 22 mois, je l’ai emmené visiter Haïti et je compte effectuer régulièrement ces voyages avec elle.
  • Avant le confinement, je l’emmenais visiter d’autres familles haïtiennes.

Je serai tellement fière de voir ma fille être à l’aise à s’exprimer autant en créole qu’en français et pouvoir baigner dans les deux cultures. Une image qui pourrait décrire ce que je souhaite pour elle: je la vois comme un arbre qui a des racines haïtiennes, et des branches et des feuilles québécoises.

L'auteur

Stagiaire en communication et maman

Originaire de Port-au-Prince, Olmaille s’est installée au Québec en février 2017. Épouse et maman d’une fillette de 3 ans, elle a travaillé pendant 6 années en enseignement primaire en Haïti. Actuellement, elle complète un baccalauréat en communication à l’Université de Montréal. Après ses études, elle souhaite travailler comme créatrice de contenus en communication interne et externe. Elle est aussi intéressée par la gestion des médias sociaux. Olmaille est une personne de connexion, qui aime les relations interpersonnelles. Amicale et bienveillante, son plus grand bonheur est de voir les gens autour d’elle être heureux. Elle trouve du plaisir à apporter son soutien aux personnes qui sont dans le besoin. Passer du temps de qualité avec sa famille et ses ami.e.s, contempler la beauté de la nature et faire du bénévolat font partie de ses passions.

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