Les caprices alimentaires: à bat les crises!

3 à 12 ans
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Votre enfant refuse de manger trop souvent ce qu’il y a dans son assiette? L’heure des repas est devenue un champ de bataille et vous ne savez plus comment vous y prendre pour qu’il accepte de manger ce que vous lui servez? Aidersonenfant.com s’est entretenu avec la nutritionniste en pédiatrie Mélanie Magnan qui nous apprend à utiliser les bonnes stratégies afin que nos enfants aient envie de découvrir de nouveaux aliments.

Bien des parents qui doivent composer avec ce que l’on appelle les «caprices alimentaires» de leur enfant, s’inquiètent du fait que celui-ci n’aime pas les légumes ou refuse catégoriquement de manger certains aliments. Or, apprendre à son enfant à aimer de tout est un processus qui dure toute une vie!

«J’ai trente-six ans et je commence tout juste à manger des olives!» C’est ce que me dit d’entrée de jeu la nutritionniste en pédiatrie Mélanie Magnan, qui par cet exemple, démontre bien que les goûts se développent tout au long de notre vie.

Quand je lui ai dit que j’écrivais un article pour aider les parents à composer avec les caprices alimentaires de leur enfant, celle qui se qualifie de «nutritionniste familiale et pro modération» m’a tout de suite corrigée. «Les enfants apprennent à manger, alors moi je n’aime pas les catégoriser comme “capricieux” ou “difficiles” parce que nos enfants, ça leur prend plusieurs années à apprendre à manger et ils ne peuvent pas tout aimer. Ils apprennent à découvrir les aliments et ils apprennent à découvrir leurs goûts. On peut dire à son enfant tu n’aimes pas encore cet aliment, mais tu peux te donner encore la chance de le découvrir. »

L’alimentation de notre enfant: une responsabilité partagée

Selon la spécialiste, il faut présenter le nouvel aliment à son enfant vingt fois ou même plus avant qu’il n’accepte d’y goûter. «Ce n’est pas parce qu’il y goûte une fois qu’il va l’aimer tout de suite», explique-t-elle. Celle qui a complété une formation en nutrition pédiatrique parle de «responsabilité partagée» en ce qui concerne l’alimentation des enfants. Elle explique: «Le grand principe de base dans l’alimentation des enfants est le principe des responsabilités partagées. Les parents ne peuvent pas prendre sur leurs épaules tout ce qui est en lien avec l’alimentation de leurs enfants; il y a des responsabilités qui appartiennent aux parents et il y en a d’autres qui appartiennent à l’enfant.»

Alors quelles sont ces responsabilités?

Le parent est responsable du où? du quand? et du quoi?

OÙ: Fournir à l’enfant un contexte adéquat pour manger.

  • Privilégier le repas à la table, en famille;
  • Éteindre les écrans;
  • Asseoir l’enfant de manière confortable; il doit pouvoir bien appuyer ses avant-bras sur la table;
  • S’assurer qu’il est assis à 90 degrés; ses pieds sont appuyés pour qu’il soit capable d’être dans le moment présent et d’apprécier son repas.

QUAND: La routine des repas, c’est la base.

Souvent les enfants ne souperont pas parce que le souper ne sera pas à la bonne heure.

  • Les repas doivent être à heure fixe;
  • Il doit y avoir un maximum de cinq heures d’intervalle entre le dîner et le souper;
  • Servir une collation à mi-chemin, au maximum une heure avant le prochain repas;
  • Ne pas donner une collation trente minutes avant le prochain repas pour ne pas lui couper l’appétit juste avant le repas;
  • Éviter de donner une collation trop éloignée de l’heure du prochain repas parce que s’il dépasse sa faim, il risque de ne pas vouloir manger.

QUOI: C’est la responsabilité du parent d’offrir une alimentation de qualité qui répond aux besoins nutritionnels.

  • Montrer à nos enfants que tous les aliments ont leur place dans une saine alimentation;
  • Attention! Il n’y a pas d’aliments santé et des cochonneries. Tous les aliments ont leur place et on ne peut pas, juste avec un seul aliment, changer la santé de notre enfant;
  • Le parent a un rôle de modèle et il est de sa responsabilité de montrer à l’enfant qu’il faut manger de tout dans le plaisir.
Une chip c’est une chip, ce n’est pas une cochonnerie. Interdire les gâteries va augmenter chez les enfants le désir d’en manger et c’est ce qu’on ne veut pas, on veut juste banaliser ces aliments dans le but que tout soit neutre dans leur alimentation.

L’enfant est responsable du combien.

Selon Mélanie Magnan, l’enfant décide s’il mange et la quantité qu’il mange. «Comme adulte, nous avons parfois de la difficulté à tenir compte de nos signaux internes parce que nous sommes influencés par des facteurs externes. Les signaux internes de l’enfant sont quant à eux encore intacts et il doit apprendre à les reconnaître.»

Elle insiste: «La petite machine de nos enfants est encore intacte et ils perçoivent très bien leurs petits signaux internes et nous ne voulons pas interférer avec ça. En leur disant de prendre encore trois bouchées si tu veux ton dessert, ce qu’on leur dit c’est t’as plus faim, mais moi j’ai décidé que tu dois quand même prendre trois bouchées. Ça vient brouiller leurs signaux internes et on veut les garder intacts parce que c’est la meilleure façon à long terme d’avoir une saine gestion du poids.»

Attention à la pression!

Quel enfant ne raffole pas du macaroni au fromage? Mais souvent, l’enfant dévore son macaroni et laisse de côté le brocoli qui l’accompagne et la crise n’est pas bien loin si nous insistons pour qu’il le mange. La nutritionniste en pédiatrie et maman de deux enfants se veut rassurante. «Ce n’est pas parce qu’il n’a pas mangé son brocoli à ce repas-ci qu’il va lui manquer des nutriments. Avec les enfants, plus on insiste et plus on met de la pression, moins ça va fonctionner et ça rend le climat des repas complètement désagréable, donc la pression, il faut faire attention à ça.»

Elle poursuit «En fait, moi je suggère de ne pas passer de commentaires sur le repas à table. Les aliments sont secondaires, donc moi, mon job de parent c’est de servir les aliments sur la table et mon enfant décide ce qu’il mange et je ne passe pas de commentaires par rapport à ça.»

Mange tes légumes, sinon, pas de dessert!

Quel parent bien intentionné ne s’est pas servi de cette menace pour arriver à faire avaler des légumes ou un aliment qu’il n’aime pas à son enfant, mais selon Mélanie Magnan, cette stratégie ne fonctionne pas. «C’est comme si je disais à mon enfant mange tes pas bons légumes sinon tu n’auras pas ton bon dessert.» La nutritionniste suggère aux parents qui désirent défaire cette façon de présenter les aliments de servir le dessert en même temps que le repas. «Souvent, l’enfant va manger deux bouchées de son dessert et va revenir à son assiette.»

Avoir un plan B: une bonne idée?

Après une longue journée en télétravail, il est tout à fait normal d’avoir envie d’acheter la paix et de donner à son enfant l’aliment qu’il réclame s’il n’aime pas ce qui est sur la table. Mais même si cette stratégie évite bien des crises et des négociations, c’est comme se faire un cadeau empoisonné comme parent. Mélanie Magnan est catégorique: «Il ne doit pas y avoir de plan B! Pourquoi mon enfant ferait-il l’effort de manger ce que je lui sers s’il sait qu’il aura une tartine au beurre d’arachides en remplacement?» Et s’il refuse de manger? «S’il refuse de manger, il mangera à l’heure de la prochaine collation. Il est important de respecter l’heure de ladite collation pour ne pas défaire la routine alimentaire.» conclut la nutritionniste.

Boîte à lunch en temps de pandémie: n'insistons pas sur les nouveautés

Celle qui prône l’intégration de tous les aliments dans l’alimentation familiale est d’avis que le contexte actuel n’est pas propice à l’intégration de nouveaux aliments dans la boîte à lunch. «On est dans une pandémie, les enfants vivent plein de changements à l’école, donc la nourriture pour eux c’est quelque chose de sécurisant. Cette année, ce que je dis aux parents c’est arrêtez de vouloir introduire mille et une nouveautés dans la boîte à lunch. Mettez-y des aliments que vos enfants ont le goût de manger. S’il y a une chose sur laquelle ils ont du contrôle en ce moment c’est ce qu’ils mangent alors essayez de les rassurer avec ce qu’il y a dans la boîte à lunch.» Et pour les nouveautés? «Je préfère exposer mes enfants à la nouveauté à la maison ou si je le fais dans la boîte à lunch ce sera en petite quantité.»

La nutritionniste en pédiatrie Mélanie Magnan animera le webinaire Alimentation des enfants: L’ABC du 21 au 29 mars prochain.

Cliquez ici pour vous y inscrire

À retenir

  • L'alimentation de l'enfant est une responsabilité partagée.
  • Bien souvent, il faut présenter un nouvel aliment à l'enfant au moins vingt fois avant qu’il accepte d'y goûter.
  • Nous devons appeler les aliments par leur nom: une chip est une chip et non une cochonnerie ou une gâterie.
  • Mettre de la pression sur l’enfant pour qu’il mange ce que l’on lui sert ne fonctionne pas.

— Dernière mise à jour: 19 mars 2021

Biographie

Journaliste

Journaliste à la recherche depuis plus de 15 ans, Danielle Dutrisac a travaillé pour plusieurs grands médias du Québec (Québecor publications, Radio-Canada, TVA, V Télé, 98,5 ). Curieuse de nature, son parcours l’a menée à explorer plusieurs avenues qui ont nourri son sens de l’aventure et son appétit pour ce qui la passionne: l’humain. Poser des questions, écouter, comprendre et transmettre le message, voilà ce qui nourrit le quotidien de celle qui a fait des études en adaptation scolaire à l’université. Bienveillante et attentionnée, la journaliste n’a qu’un seul objectif: aider les autres à mieux vivre.

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