Toute vérité est bonne à dire: vraiment ?

5 à 12 ans
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Que ce soit pour le protéger ou pour tout simplement acheter la paix, il est parfois plus facile de trafiquer la vérité que d’avoir à expliquer le pourquoi du comment à son enfant. Dans ce texte, vous apprendrez comment aborder des sujets délicats avec votre jeune en disant la vérité qu’il ou elle est toutefois prêt.e à entendre.

S’il est un sujet où le discernement doit tenir compte du contexte et de l’âge des enfants, c’est bien la divulgation de la vérité sur un ensemble de sujets que nous jugeons délicats.

Soyons clairs d’emblée: la vérité est bonne à dire car elle constitue la base d’une relation de confiance. Mais doit-on toujours dire TOUTE la vérité?

La réponse n’est pas tranchée. Une chose est toutefois certaine: les enfants doivent être mis au courant des faits importants qui les concernent, par exemple:

  • Un déménagement
  • Un divorce
  • La révélation d’une adoption
  • Un changement d’école
  • Le décès ou la maladie d’un proche
  • Une maladie qui l’affecte lui.

Les interventions sur ce genre de sujets varient en fonction de l’âge de l’enfant. Par exemple, si votre enfant a quatre ans et que vous devez lui annoncer que grand-maman est à l’hôpital, il est important d’ajouter une note positive à cette nouvelle. On peut lui annoncer la nouvelle en spécifiant: grand-maman est malade, mais les médecins vont bien s’occuper d’elle pour la soigner.

Les situations conflictuelles entre parents ou avec les grands-parents n’échappent pas au radar des enfants. Il ne faut donc pas nier qu’elles existent, mais il n’est pas nécessaire d’en révéler tous les détails. Chose importante à ne pas négliger: si l’enfant aborde le sujet et vous dit: on dirait que tu n’aimes pas papa ou on dirait que tu es fâché.e… Il est important de ne pas nier d’emblée, mais plutôt de lui demander ce qui lui fait dire ça.

La meilleure façon de gérer cette information est de lui confirmer que l’on est fâché.e contre papa ou grand-maman, mais que ça ne concerne qu’une chose qui a été dite ou faite, que ça ne change rien au fait qu’il a une belle relation avec eux. Il ne faut jamais relater des détails qui discréditent la personne. Votre enfant doit comprendre qu’il a le droit d’aimer qui il veut.

L’amitié: faire preuve de discernement

Il faut éviter à tout prix les débordements émotifs quand on leur parle d’un sujet délicat. Je ne dis pas qu’il faut complètement cacher ses émotions négatives, mais bien de prendre sur soi et de les ramener à des proportions réalistes et gérables pour votre enfant.

La même chose s’applique à son choix d’ami.e.s. Même si on n’apprécie pas certains de ses camarades, il ne sert à rien de lui dire. Cette vérité ne ferait que rendre l’enfant peu confiant face à son aptitude à choisir ses amitiés. Cela dit, si vous percevez que quelque chose ne va pas avec un ou plusieurs de ses amis, encouragez votre enfant à ne pas endurer une situation qui le fait souffrir ou dans laquelle il ne se fait pas respecter.

Savoir doser

L’annonce de la mort doit aussi être claire sans être brutale. La référence à un grand voyage (la personne est partie au ciel) ou à un long sommeil n’est pas du tout recommandée: il ne faut pas laisser l’enfant dans l’espoir d’un retour de voyage ni dans la crainte du sommeil. Il est préférable d’expliquer ce qui arrive quand on meurt: le cœur s’arrête de battre, le sang ne circule plus…

Vous êtes séparé.e et vous appréciez votre nouvelle vie de célibataire à temps partiel ou vous avez encore de la peine? Il ne sert à rien de raconter à quel point vous êtes heureux.euse avec votre nouvelle flamme ni de déblatérer en détails ce qui vous attriste au sujet de votre séparation. Les enfants ne doivent pas devenir notre éponge émotive ni notre source de réconfort.

La parentalité traditionnelle comporte son lot de mensonges

Que ce soit pour les protéger d’une nouvelle extrêmement difficile, ou encore pour préserver une part de magie dans leur vie (le père Noël, la fée des dents…) le mensonge par omission ou par invention est là pour tenir compte de leur sensibilité et pour honorer leur imaginaire. Mais, comme les situations difficiles et les fables finiront par faire l’objet d’un questionnement chez votre enfant, il est important de ne pas le laisser dans l’ignorance. Mon meilleur conseil: attendre qu’il vous interroge et lui demander ce qui l’amène à se poser ces questions. Vous pourrez ainsi répondre plus adéquatement, sans insulte à son intelligence.

Là où le mensonge est à proscrire, c’est lorsqu’on veut provoquer un comportement comme brosser spontanément ses dents sans quoi elles vont tomber, de manger ses légumes pour ne pas devenir malade comme grand-papa ou de mettre sa tuque quand il fait -15 pour que ses oreilles gelées ne lui tombent pas de la tête. Dites plutôt la vérité sur la carie dentaire ou sur votre intérêt à le garder en bonne santé.

Les vérités que nous révélons sans emportement émotif et en adéquation avec le contexte et l’âge de l’enfant nourrissent un climat favorable à ce que votre enfant dise la vérité lui aussi. Ainsi, s’il a fait quelque chose de répréhensible, il craindra moins de subir les réprimandes et les conséquences disproportionnées. Lorsqu’il vous relate un fait qui le met en faute, ne lui tombez pas dessus. Félicitez-le d’avoir dit la vérité.

En toute conscience

Soyez conscient.e quant à votre façon de gérer et de révéler la vérité. Avez-vous peur de vous emporter? Voulez-vous préserver son merveilleux sens de l’imaginaire? Voulez-vous provoquer un comportement?

Tout part de la conscience et tout changement commence par un petit pas vers des comportements qui honorent cette conscience et qui vous recentre sur le véritable objectif de votre discours: créer une relation de confiance avec votre enfant et générer de l’harmonie familiale.

À retenir

  • Tenir compte du contexte et de l’âge de l’enfant avant d’aborder des sujets plus délicats.
  • Lorsqu’il y a conflit entre vous et un membre de la famille, éviter de relater des détails qui discréditent la personne.
  • Éviter à tout prix les débordements émotifs lorsque l’on aborde un sujet sensible.
  • Ne pas utiliser le mensonge dans le but de faire faire une action à son enfant: brosse tes dents sinon elles vont tomber.

— Dernière mise à jour: 1 février 2022

Biographie

Enseignante et coach certifiée

Bachelière en adaptation scolaire et mère de trois garçons, Martine Savaria a œuvré pendant plus de 20 ans dans le domaine de l’éducation. En 2015 elle a fondé Vivessens qui offre une approche novatrice qui met l’enfant en valeur et qui suscite chez le parent, l’introspection nécessaire à la transformation. Elle a pour philosophie que le parent et l’enfant apprennent et grandissent ensemble. Martine est devenue blogueuse pour Mitsou Magazine en 2019 et en 2020, elle est apparue dans la revue CCQ et à l’émission Salut Bonjour!

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