Le parcours inspirant d’une jeune femme “dys” déterminée

Un trouble d’apprentissage comme la dysphasie ou la dyslexie laisse certes présager un parcours scolaire rempli de défis… Mais, avec de l’aide et de la détermination, ils ne sont pas insurmontables, comme en témoigne cette jeune femme.

Un parcours scolaire avec une dysphasie et une dyslexie

Lorsque les feuilles d’un arbre s’agitent dans tous les sens, croyez-vous que c’est l’arbre qui s’agite de lui-même? L’arbre, heureux de vous apercevoir, secoue-t-il son plumage afin de vous saluer?

Bien sûr que non. Vous savez qu’il s’agit du vent qui se frotte aux feuilles de l’arbre. Vous en êtes même certain. Pourquoi? Le vent, vous ne l’avez jamais vu, jamais saisi ni même goûté.

Les « dys » sont comme le vent. On ne les voit pas, mais ils sont présents. Ils exercent une force invisible sur nous. Vous croyez au vent, mais croyez-vous à la dysphasie et à la dyslexie? Croyez-vous en eux? Croyez-vous en moi?

Je suis dysphasique et dyslexique. Il s’agit de deux troubles d’apprentissage. Deux parmi tant d’autres.

La dysphasie touche principalement la communication orale, c’est-à-dire comprendre ce qu’on me dit et me faire comprendre.

La dyslexie est un peu comme la dysphasie, mais sur le plan de l’écriture et de la lecture. Les mots se mélangent et perdent de leurs sens.

Parler, écouter, lire et écrire; les bases mêmes de la communication sont troublées.

Depuis mon plus jeune âge, les spécialistes m’ont prédit une vie remplie d’échecs scolaires. « C’est déjà beau si elle termine son primaire ». On a dit à mes parents que, si je terminais mon primaire, j’allais décrocher au secondaire, sans espoir de toute autre forme d’étude.

Bien qu’elles soient invisibles, la dysphasie et la dyslexie sont des troubles bien réels qui parsèment d’embûches le parcours scolaire d’un élève.

Avec un soutien adéquat et beaucoup de détermination, les troubles d’apprentissage peuvent être surmontés pour obtenir un diplôme d’études secondaires.

Un soutien inestimable de la part des parents et des spécialistes

Les « dys » étant peu connus à l’époque, mes parents ont cherché de l’aide : psychologue, orthophoniste, orthopédagogue et autres spécialistes. Ma mère est allée jusqu’à suivre des formations sur les « dys » et à quitter son emploi pour s’occuper au mieux de mes sœurs et moi. Mon parcours est inondé de larmes et parsemé de sacrifices, mais les succès que nous avons récoltés valent toutes les victoires.

J’ai largement dépassé les espoirs. J’ai obtenu mes diplômes d’études primaires et secondaires. J’ai suivi diverses formations, j’ai participé à des compétitions d’arts martiaux, j’ai exposé mes créations, j’ai enseigné, je me suis engagée, j’ai composé des histoires et des poèmes et j’ai voyagé.

Si je suis rendue ici, aujourd’hui, devant vous, c’est qu’il y a maintenant trois ans, j’ai commencé un cours qu’on avait dit inaccessible pour moi. Un DEC en graphisme, dont l’admission est contingentée.

Par définition, un graphiste est un professionnel de la communication.

Moi, Emmanuelle Beaumont, qui n’était pas censée faire d’aussi longues études ou même de composer un discours, je suis fière de pouvoir me présenter devant vous en tant que professionnelle de la communication.

La vie est un combat, nous le savons tous, mais ce que nous ne savons pas, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’affronter les difficultés seuls. Savoir accepter l’aide est une force sous-estimée. Mon parcours particulier m’a permis de faire la connaissance de plusieurs personnes, des trésors cachés, sans qui, aujourd’hui, je n’aurais ni rêves ni espoir en l’avenir. Je fais référence entre autres aux services adaptés, qui ont contribué à mon ascension. Cacher sa faiblesse, c’est la montrer à tous. Assumez-la et nous travaillerons ensemble pour qu’elle devienne une force.

Ce diplôme est notre victoire.

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