La rentrée 2021: et si on en faisait notre alliée?

5 à 17 ans
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Alors que nous avons les deux pieds bien ancrés dans la rentrée, certains parents et certains enfants sentent le stress les envahir. Mais si le stress de la rentrée était plutôt une force et représentait une belle occasion de réaliser des projets?

Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. — Charles Darwin

Depuis plusieurs mois, nous avons tous eu à faire de gros efforts pour apprivoiser le changement: le télétravail, le masque, se laver les mains, ne plus avoir accès aux services habituels, l’école à la maison, etc. Mais juste au moment où nous avons appris à nous habituer à notre nouvelle normalité, nous devons à nouveau nous adapter pour faire face à la rentrée.

Pour plusieurs familles, celle-ci est une période stressante. Aussi, selon un sondage, 52 % des parents ayant des enfants âgés de 5 à 16 ans se disent stressés par rapport aux préparatifs de la rentrée à l’école*.

*Source: https://bit.ly/3ygH7xl (Radio-Canada)

Mais Richard Robillard, psychopédagogue qui entame sa 53e année dans l’éducation, reste prudent quant à ces chiffres. «Quelle est la répartition de ces 52% de parents et quelle est la quantité des personnes légèrement stressées ou sévèrement stressées? Moi, je n’aime pas trop ce genre de statistiques.» D’ailleurs, quand on regarde l’échelle de Holmes et Rae (les facteurs stressants), la rentrée scolaire se situe à 26 sur une échelle de 100 pour le parent. En comparaison, la perte d’un conjoint se situe à 90! Les enfants, eux, occupent la position 39 sur 100 selon l’échelle d’Elkind.

Richard Robillard nuance. «Je dis souvent qu’une personne n’est pas stressée, elle n’est pas anxieuse, elle vit du stress ou de l’anxiété. Le stress n’est pas mauvais en soi, il nous prépare à agir!»

Et si on mettait de l’avant la beauté du début d’une année scolaire avec toutes les opportunités d’apprendre, de se réaliser, de développer nos forces et nos qualités? — Richard Robillard

La glissade de l’été: doit-on s’en préoccuper?

Ce que les chercheurs appellent la glissade des apprentissages ou la glissade de l’été est un phénomène qui touche particulièrement les élèves en difficultés d’apprentissage. Ainsi, les études démontrent que le retard que prennent certains enfants équivaut à deux mois d’enseignement.

Alors comme parent, comment rassurer son enfant qui dit ne se rappeler de rien des apprentissages qu’il a fait l’an passé?

Le psychopédagogue se fait rassurant. «L’oubli est un phénomène tout à fait correct et normal surtout durant la période des vacances parce que la mémoire est au repos. Les savoirs sont mis dans une bibliothèque du cerveau. Au début de l’année, l’enseignant fait des rappels de ces connaissances, les remet dans un contexte et voilà que les notions reviennent à la portée de l’enfant. Il faut expliquer à l’enfant que quand il va reprendre ses livres, il va avoir un rappel. Demandez à l’enfant sur quel contenu il aimerait qu’on fasse un rappel. On peut utiliser des livres, Internet, des amis, etc.» Pour Richard Robillard, la dramatisation est le pire handicap. «Il est important de DÉDRAMATISER et expliquer que l’oubli est un phénomène humain. Plus encore, c’est un signal qui nous indique que nous devons revenir sur le contenu pour le solidifier.»

Et si je suis seul.e à la récréation?

Mais il n’y a pas que le rendement académique qui préoccupe les enfants. Après une année scolaire en dents de scie où les contacts avec les autres enfants se sont faits plus rares, certains jeunes craignent de ne pas retrouver leurs amis ou de ne pas s’en faire de nouveaux à la rentrée. Quel parent n’a pas le cœur brisé en entendant son enfant lui nommer sa peur?

Richard Robillard explique comment aider son enfant à surmonter ses craintes. «Il faut dire à l’enfant quelque chose comme ceci: “Ta peur nous indique que tu as quelque chose à faire. Observe avec qui tu aimerais être ami, regarde autour de toi les autres enfants (on invite pas assez les enfants à regarder les autres enfants) et ensuite va les voir. Ça demande du courage.” La communication entre le parent et l’enfant est importante.» Pour lui, nous avons tous un courageux et un apeuré en nous; il s’agit de mettre l’enfant en contact avec son courageux et de lui dire que nous l’accompagnerons dans sa démarche. «Toutes ces expériences-là forment un cerveau à condition qu’on l’accompagne comme il le faut. La base c’est l’accompagnement du cerveau de l’enfant qui atteint sa pleine maturité vers l’âge de trente ans.»

Parascolaire en début d’année: une bonne idée?

Un bon moyen de créer des liens est de participer à des activités parascolaires, mais pour certains parents, laisser leur enfant participer à une activité après l’école en début d’année n’est pas souhaitable, préférant que leur jeune se concentre sur ses études.

«Personnellement, depuis plus de 53 ans dans l’éducation, j’ai toujours été ouvert aux activités parascolaires qui font tellement de bien au cerveau des enfants. Ce sont des activités où ils peuvent vivre des expériences sociales.»

Alors que dire au parent qui dit à son enfant que la priorité sont les études? «Ça, c’est l’anxiété du parent. Vous quand votre journée est finie, écoutez-vous la télévision? Beaucoup d’adultes ne comprennent pas ce qu’est la nature d’être un enfant», affirme celui qui a enseigné de nombreuses années au primaire et au secondaire. «Jamais avec moi on ne va accuser un enfant ou un adolescent parce qu’il a un cerveau immature. C’est à l’adulte de se regarder et de travailler sur lui, ce n’est pas à l’enfant de travailler sur lui, il a un cerveau fait pour recevoir la qualité que peut lui offrir les adultes. On doit se demander si j’offre de la qualité à mon enfant.»

Combien de temps pour s'adapter?

Nouvelle école, nouvelle classe, nouveaux enseignant.e.s, trouver ses repères; les jeunes du primaire et du secondaire doivent s’adapter à une foule de nouveautés en début d’année et une période d’adaptation est nécessaire. Mais comment se mesure cette période d’ajustement? «La période d’adaptation est variable pour chaque enfant. Voilà le premier principe à respecter. Certains enfants s’adaptent plus rapidement et d’autres plus lentement. L’important c’est de bien accompagner l’enfant dans son propre rythme d’adaptation. L’enfant a le droit de prendre un mois pour s’adapter, l’important c’est que je l’accompagne durant ce mois. Il n’y a pas de date ni d’heure.

L’accompagnement est la responsabilité de l’adulte avec sa capacité d’empathie (comprendre les comportements, les sentiments et les besoins de l’enfant), et de bienveillance. Capacité également de positivisme, d’optimisme, de dédramatisation, de mise en perspective, de trouver ses solutions. En éducation on professe le respect, mais je ne suis pas sûr qu’on respecte le respect.»

Qu’est-ce qu’une rentrée zen? Je ne connais pas cela même à mon âge lorsque je débute une nouvelle année d’enseignement. – Richard Robillard

Trucs concrets pour une rentrée... zen?

Pour Richard Robillard, il est utopique de croire qu’une rentrée zen est possible, et il avoue même avoir des papillons dans le ventre chaque fois qu’une nouvelle rentrée se présente. «Qu’est-ce qu’une rentrée zen? Je ne connais pas cela même à mon âge lorsque je débute une nouvelle année d’enseignement! Il faut d’abord, se préparer à passer d’une période de vacances à une période plus organisée (période de transition).»

Selon l’expert, nous devons nous efforcer de faire ce passage avec le plus de détente, de simplicité, d’ouverture, de réceptivité possibles en disant à son enfant des phrases comme:

  • Oui, une autre belle année qui s’annonce; 
  • Les vacances ont été belles;
  • On a eu du plaisir!

Le consultant auprès des adolescents, des enfants, des enseignants et des parents, parle de l’importance de l’implication de ceux-ci pour les plus petits. «Avec les plus jeunes, se rendre à l’école, prendre contact avec l’enseignante, la remercier de prendre soin de votre enfant. L’assurer de votre coopération pour sécuriser l’enfant et l’aider à apprendre et éviter de parler trop rapidement de réussite scolaire.»

Celui dont l’objectif quotidien est de faire le bien autour de lui, n’aime pas utiliser le mot défis. Il suggère plutôt de mettre l’emphase sur l’instant présent et de se fixer des objectifs simples au quotidien. «On est plus capable de respirer sans qu’il y ait un défi. La pandémie a été un défi pour trouver des vaccins. Et maintenant notre projet est de contribuer à ce que tout le monde soit sain et sauf en se faisant vacciner.»

Exemples de projets quotidiens:

  • Faire connaissance avec d’autres élèves;
  • Observer les qualités de mon enseignant.e;
  • Poser une question d’intérêt;
  • Dire trois bonjours et trois mercis (gratitude);
  • Partager, le soir à la maison, trois moments positifs de ma journée;
  • Utiliser mon courageux (pour empêcher que mon apeuré prenne toute la place en moi) pour faire face à une situation qui m’apparaît difficile.

Développer la résilience de l’enfant

Même s’il est vrai que plusieurs d’entre nous se sentent anxieux à cette période de l’année, Richard Robillard, lui, aborde la rentrée de façon pragmatique. «Il faut se faire confiance pour bien accompagner les jeunes à leur entrée scolaire par la pratique de l’empathie, la bienveillance et la saine fermeté. Il faut aussi faire confiance aux ressources et aux capacités de l’enfant à trouver des solutions pour vivre une entrée qui lui soit la moins stressante possible. (Il n’y a pas de résilience sans difficultés et on veut tout enlever les difficultés).»

La rentrée est une période d’effervescence tant pour les parents que pour les petits et les plus grands: les cahiers qui sentent le neuf, le sac d’école que l’on reprend par la main, les nouvelles rencontres, les nouveaux apprentissages et surtout, l’occasion de grandir, de se dépasser et de se réaliser.

Et si notre enfant ressent quand même de l’anxiété?

«L’important c’est d’observer l’enfant, nommer ce qu’il vit : “J’ai l’impression que quelque chose te fatigue, t’achale peut-être par rapport à la fin des vacances ou la rentrée scolaire? Est-ce le cas? Est-ce possible? Tu verras; lorsque tu auras besoin d’en parler, je suis là. En passant, que dirais-tu si nous allions nous promener, marcher, jouer…?” Le distraire, rediriger son attention ailleurs.»

Richard Robillard y va d’un petit rappel qui se veut amical.

«N’oubliez pas, c’est la rentrée de l’enfant, ce n’est pas la rentrée du parent. Le parent est là pour accompagner l’enfant dans SA rentrée.»

À retenir

  • Utiliser le stress ressenti comme un moteur pour réaliser des projets.
  • Bien accompagner les jeunes à leur rentrée scolaire par la pratique de l’empathie, la bienveillance et la saine fermeté.
  • La période d’adaptation est variable pour chaque enfant.
  • Se rappeler qu’il s’agit de la rentrée de l'enfant et non du parent.

— Dernière mise à jour: 3 septembre 2021

Biographie

Journaliste

Journaliste à la recherche depuis plus de 15 ans, Danielle Dutrisac a travaillé pour plusieurs grands médias du Québec (Québecor publications, Radio-Canada, TVA, V Télé, 98,5 ). Curieuse de nature, son parcours l’a menée à explorer plusieurs avenues qui ont nourri son sens de l’aventure et son appétit pour ce qui la passionne: l’humain. Poser des questions, écouter, comprendre et transmettre le message, voilà ce qui nourrit le quotidien de celle qui a fait des études en adaptation scolaire à l’université. Bienveillante et attentionnée, la journaliste n’a qu’un seul objectif: aider les autres à mieux vivre.

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