Enfance, TAG et confinement: témoignage d’une maman

Confinés à la maison depuis plusieurs semaines déjà, la plupart des enfants s'adaptent assez bien à cette nouvelle réalité. Pour d’autres comme Pitoune, 5 ans qui vit avec un trouble anxieux, la séparation d’avec les personnes significatives dans sa vie se vit plus difficilement. Une maman de trois enfants raconte ici les défis auxquels sa fille est confrontée et comment, comme parent, elle accompagne son enfant qui fait face à un stress supplémentaire lié au contexte actuel.

Comment vivez-vous votre confinement? Ici, Lapin, 7 ans, vit relativement bien cette période. Il a l’âge de communiquer avec ses amis et ses cousins/cousines sur la tablette. Mine de rien, ça brise l’isolement. Cocotte, 5 ans est bien heureuse de cette période où elle est «libérée» de l’horaire académique et des nombreux rendez-vous médicaux. Elle peint ou bricole plusieurs heures par jour, et est très heureuse de cette latitude.

Pitoune, 5 ans elle aussi, vit beaucoup plus difficilement cette période. Elle se sent seule, isolée de ses amis, de son enseignante, de sa TES et de sa famille. Pitoune a un trouble anxieux généralisé. TAG pour les intimes. Pitoune, elle vit donc ce nouveau quotidien non pas avec ses yeux d’enfants, mais avec  ses yeux d’anxieuse. Contrairement à son frère et sa sœur. Même s’ils vivent tous les trois dans exactement le même environnement.

Pitoune s’imagine que les gens autour d’elle ont disparu. La pandémie, à 5 ans, c’est assez abstrait. Elle demande si ceux qu’elle aime sont morts, car elle ne les voit plus. On a beau essayer de lui expliquer, avec notre méthode ou celle de Passe-Partout, pour Pitoune, ça ne fonctionne pas comme pour Lapin et Cocotte. Elle s’imagine des histoires qu’il faut déconstruire quotidiennement. Tous les soirs, elle demande où sont  Mamie, Tatie, Grand-Maman, bébé Louis ou madame Nathalie. Apprivoiser la «solitude familiale», ce n’est pas facile pour une fillette sociable  et «amoureuse» de son monde comme elle.

Pitoune fait des crises d’angoisse pour des choses normalement anodines. Le lait n’est pas dans le bon verre ou on n’a pas pris le bon pion pour le jeu de société. Des crises si intenses qu’il faut l’isoler avec un adulte pour réussir à la calmer. Lui flatter les cheveux pendant près d’une heure. Ne pas parler, sauf pour chanter des chansons douces, sinon on recommence le décompte à zéro. Elle ne contrôle presque rien dans cette situation, et elle disjoncte lorsqu’elle ne peut gérer ce qu’elle espère encore pouvoir gérer. Comme la couleur du verre de lait ou du pion de Monopoly.

Pitoune, quand elle a la chance de voir les gens qu’elle aime à (beaucoup) plus de 2 mètres de distance, s’imagine qu’ils ne s’approchent pas et ne lui font pas de câlin, car ils ne l’aiment plus. La journée de Pâques fut particulièrement difficile, où Mamie est venue lui porter un chocolat à la porte, et leur a fait un coucou à 4-5 mètres. Cachée, en pleurs, Pitoune n’était pas capable de lui parler à distance. Sa compréhension: Mamie ne m’aime plus. Pitoune a vu Mamie plus d’une fois par semaine depuis sa naissance, donc il n’est pas facile pour elle de vivre cette séparation (tout comme pour Mamie!). Mais la vivre avec un trouble anxieux généralisé et la maturité d’une enfant de 5 ans, c’est encore moins gérable.

Pitoune fait ses rendez-vous hebdomadaires avec son psychologue au téléphone depuis 7 semaines. Mieux que rien, mais ce n’est pas comme la thérapie en personne. Et Pitoune a accès à ces services, contrairement à de nombreux enfants vivant avec un TAG.

Et chez nous, tout va bien. Nous ne sommes pas une famille dysfonctionnelle. Le bonheur se conjugue à cinq actuellement. Film en famille le samedi, soirée jeux le lundi soir, souper fondue le mercredi, vendredi soir autour du feu… Nous n’avons jamais eu autant de temps de qualité en famille. Ça ne suffit toutefois pas à atténuer l’anxiété de Pitoune. Je n’ose pas imaginer la situation d’enfants avec les mêmes défis qu’elle, mais qui vivent dans un environnement difficile.

Retour à l’école… Une panacée en théorie. Retour à la normale, ça va juste l’aider, non? Mais ce ne sera plus jamais la normale, du moins pour les prochains mois. Pour Pitoune, ce sera surtout une immense adaptation. Comment va-t-elle gérer le fait de devoir se tenir loin de ses amis, après plus de 2 mois de séparation? Et de ne pas pouvoir faire de câlin à son enseignante ou à sa TES, une deuxième maman à l’école qu’elle a la chance d’avoir, et qu’elle adore? Je ne sais pas. Ce seront d’autres immenses apprentissages pour notre forte Pitoune. Nous en aurons certainement pour aussi longtemps que la période d’arrêt à récupérer les acquis. Nous devrons lui expliquer durant des jours les nouveaux comportements à adopter à l’école, et il est certain que les crises seront très fréquentes durant les premières semaines.

Je ne suis pas encore tout à fait certaine d’être en accord avec la reprise. Particulièrement pour Pitoune, qui devra vivre un stress immense avec l’adaptation pour quelques semaines seulement. Je ne sais pas encore si je vais envoyer mes enfants avant septembre. Peut-être que la «programmation» de notre gouvernement a trop bien fonctionné sur moi. Peut-être que Pitoune ne tient pas son trouble anxieux de la voisine. Mais je voulais mettre en lumière, durant cette période de confinement, cette difficulté particulière des enfants vivant avec des défis et les acquis perdus. Les précieux acquis des enfants en difficultés.

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