La relâche : quand les diagnostics fondent au soleil

La relâche est à nos portes et plusieurs parents s’affairent déjà à organiser la marmaille. Pour la famille Belle-Isle ce temps est l’occasion pour Zackary, Ophély et Abygaël de se libérer des regards inquisiteurs, des questions indiscrètes et des jugements et de se consacrer à la construction de châteaux de sable. Sous les palmiers et à l’abri des jugements, le temps s’arrête et les diagnostics fondent au soleil.

C’est l’hiver, il fait froid, il neige… Presque tout le monde rêve de soleil en pelletant l’entrée. La relâche est à nos portes, et plusieurs en profiteront pour aller faire le plein de vitamine D durant quelques jours. Cette année, nous serons de ces chanceux.

Les gens de mon entourage trouvent que j’aime un peu trop les vacances. « Deux fois par année, ils partent. Vive la chaleur et le dépaysement. Maudits chanceux ! Wow, vous avez une vie si facile ! » Si seulement ils savaient.

Mais pourquoi partons-nous aussi souvent ? Parce qu’en vacances, c’est le seul endroit où nous nous sentons normaux. Le seul endroit où, durant une semaine (ou deux, si nous sommes chanceux), nos enfants sont comme les autres. Vous ne me verrez jamais en vacances au Québec. Pas parce que je n’aime pas ça. Simplement parce que je recherche le dépaysement linguistique. Le dépaysement linguistique qui fait que les gens ne me questionnent pas sur mes enfants.

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Partir loin pour être enfin comme les autres

Avoir trois enfants avec de grands problèmes langagiers amène son lot de questions. À l’épicerie, au marché, au magasin de vêtements, au magasin du dollar du coin. Partout. Que ce soit mon fils de 7 ans ou mes filles de 5 ans, le moindrement qu’ils ont un échange avec un inconnu, je vois bien son regard. Une espèce de mélange de compassion, de peine et d’espoir. Le même regard que j’ai mille fois par jour sur mes propres enfants.

Et ce regard, déjà trop lourd dans mon cœur, me pèse comme trois tonnes de briques de la part de parfaits inconnus.
Je ne peux plus le supporter. Donc, aussitôt que le budget le permet, on se sauve. Loin. Loin. Où la communication en français n’est pas un enjeu. Où les phrases toutes croches de mes enfants ne sont pas un handicap. Où nous sommes assis sur une chaise longue, soleil en option, et où mes 3 enfants interagissent enfin comme des enfants « ordinaires ».
Assise tranquillement sous (idéalement) un palmier, je vois mes jolies cocottes interagir normalement avec des enfants.
Parce que lorsqu’on ne parle pas la même langue, on parle la langue universelle. La langue du cœur. On rit, on joue, on a du plaisir, on profite du moment, on discute en gesticulant. Et surtout, on se comprend. Universellement.
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Le plaisir que je vois dans les yeux de mes enfants. Surtout de mes filles. Ils sont enfin comme les autres. Et ce n’est pas un sentiment qu’ils ont la chance de vivre souvent. Et sincèrement, je suis convaincue que c’est une raison importante qui fait qu’ils aiment tant aller en vacances. 

Ils sont enfin comme tous les autres enfants. Choses qu’ils ne peuvent pas vivre au quotidien, dans leur vie normale. Mes trois enfants sont pleinement conscients de leurs handicaps. Aucunement parce que nous leur disons ou leur faisons sentir, mais simplement parce qu’ils sont terriblement intelligents. Et cette intelligence leur a fait prendre conscience très jeune de leurs grandes forces, heureusement, mais aussi, malheureusement, de leurs grands défis et de leurs différences par rapport aux autres enfants.

Je suis pleinement consciente de la chance de pouvoir me permettre ce dépaysement biannuel. Je me dis souvent que j’ai eu trois enfants différents parce que j’avais les moyens de leur offrir les services dont ils ont besoin. Et j’espère qu’avoir la chance de leur offrir la possibilité d’être comme les autres, 2 à 3 semaines par années, leur fait autant de bien qu’à moi.

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