Classe ordinaire ou classe spécialisée : comment choisir?

Lorsque leur enfant a des problèmes d’apprentissage, les parents se posent plusieurs questions sur son cheminement, particulièrement en ce qui concerne son intégration ou non à une classe spécialisée. Comment fonctionne le processus et quel type de classe favorise davantage sa progression?

Le choix du placement d’un élève en classe spécialisée ou en classe dite «ordinaire» représente une décision cruciale qui n’est pas sans soulever différents enjeux et questionnements. Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE, 2017) vient d’ailleurs tout juste de publier un avis sur l’opérationnalisation de l’éducation inclusive, dans lequel il s’intéresse notamment aux conditions à réunir pour tirer le meilleur parti de la diversité et faire progresser chaque élève à son potentiel maximal.

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La classe ordinaire d’abord

Il importe d’abord de préciser que le ministère de l’Éducation préconise l’intégration des élèves ayant des besoins particuliers en classe ordinaire. Le choix d’offrir des services éducatifs en classe spécialisée est normalement effectué lorsqu’il n’est pas ou plus possible de répondre aux besoins de l’élève dans un cadre régulier. Avant d’en arriver à une telle décision, différentes stratégies d’intervention ainsi que des mesures de soutien à l’enseignant et à l’élève doivent avoir été mises en place afin d’aider l’élève à progresser et à réussir en classe ordinaire.

Enfin, ce choix devrait être basé sur une évaluation des besoins des élèves et sur une démarche systématique et rigoureuse liée au plan d’intervention. Le choix d’un placement en classe spécialisée ne doit donc pas être pris à la légère et doit être précédé d’efforts importants pour diminuer les difficultés observées et soutenir l’insertion sociale de l’élève.

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L’intégration à une classe spécialisée

La classe spécialisée constitue un espace éducatif qui comprend généralement un plus petit nombre d’élèves afin que votre enfant reçoive un soutien accru. Les enseignants qui y travaillent ont reçu une formation en adaptation scolaire, c’est-à-dire qu’ils sont formés pour soutenir l’apprentissage et la réussite d’élèves ayant des besoins particuliers.

De plus, les enseignants et les élèves des classes spécialisées bénéficient de services éducatifs complémentaires, par exemple de l’aide et du soutien d’éducateurs spécialisés ou d’orthopédagogues.

Normalement, le placement en classe spécialisée devrait être temporaire et viser la réintégration de l’élève en classe ordinaire.

Dans les faits, on constate qu’une majorité d’entre eux ne retourne pas en classe ordinaire, ce qui suscite certaines questions.

L’efficacité des classes spécialisées

Vous vous demandez peut-être si la classe spécialisée aura des effets plus positifs que la classe ordinaire sur votre enfant? Malheureusement, la réponse à cette question ne semble pas faire consensus dans la communauté scientifique. Certaines études remettent en question l’efficacité des classes spécialisées et indiquent qu’elles ne parviennent pas à démontrer leur supériorité par rapport à la classe ordinaire. D’autres études permettent dresser un portrait relativement positif des retombées de l’éducation inclusive, c’est-à-dire de la scolarisation de tous les élèves en classe ordinaire, indépendamment de leurs caractéristiques et besoins. Or, l’inclusion suppose le respect de certaines conditions de mise en œuvre et on ne peut confirmer à ce jour qu’elle entraine toujours des effets positifs.

Il n’y a donc pas de garantie quant au type de placement le plus profitable pour votre enfant. De fait, de nombreux facteurs influenceront sa réussite. Par exemple, l’organisation des services, l’utilisation des ressources au sein de l’école et de la classe, la qualité de l’enseignement, la qualité de la relation maitre-élève ou encore le soutien de ses parents constituent des éléments qui peuvent faire une différence.

La décision du placement de l’élève revient à l’équipe du plan d’intervention, en collaboration avec les parents. Ainsi, votre participation au plan d’intervention est capitale et vous permet de veiller à ce que les décisions soient prises dans le meilleur intérêt de votre enfant. De plus, suivant l’obligation de révision du plan d’intervention, le choix du placement devra être réévalué et le retour en classe ordinaire devrait être considéré.

Comprendre pour collaborer avec l’école

Les services offerts aux élèves peuvent grandement varier d’une école à l’autre et il n’est pas toujours facile de bien comprendre toutes les modalités de fonctionnement. Sachez que vous avez le droit de poser des questions et que chacune d’elle devrait trouver réponse. Voici quelques questions qui pourraient alimenter les discussions avec l’école dans une perspective de collaboration :

  • Quelles sont les observations et les conclusions ayant mené à ce choix de placement?
  • Quelles interventions ont été mises en place pour aider mon enfant et l’enseignant en classe ordinaire?
  • Quels sont les objectifs à courts et moyens termes de ce placement?
  • Quelles interventions sont planifiées et quelles ressources seront déployées pour soutenir sa réussite en classe spécialisée et favoriser son retour en classe ordinaire?
  • En tant que parent, comment puis-je m’impliquer dans le cheminement de mon enfant? Comment pourrais-je suivre la progression de ses compétences?

À retenir

  • Lorsque c’est possible, le ministère de l’Éducation privilégie toujours l’insertion d’un élève présentant des difficultés d’apprentissage dans une classe ordinaire.
  • Le placement en classe spécialisée devrait être temporaire et viser la réintégration en classe ordinaire, mais ce n’est pas toujours le cas dans les faits.
  • L’efficacité des classes spécialisée n’a pas été clairement démontrée.
  • L’organisation des services, l’utilisation des ressources au sein de l’école et de la classe, la qualité de l’enseignement, la qualité de la relation maitre-élève et le soutien des parents peuvent faire une différence dans le cheminement de l’élève en difficulté.

Références

  • Conseil supérieur de l’éducation (CSE). (2017). Pour une école riche de tous ses élèves S’adapter à la diversité des élèves, de la maternelle à la 5e année du secondaire. Québec, Gouvernement du Québec.
  • Goupil, G. (2014). Les élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage, 4e édition, Montréal, Gaëtan Morin.
  • Vienneau, R., et C. Thériault. (2015). «Les effets de l’inclusion scolaire. Une recension des écrits (2000-2014)», dans N. Rousseau (dir.), La pédagogie de l’inclusion scolaire, un défi ambitieux et stimulant, 3e édition, Québec, Presses de l’Université du Québec, p. 89-130.
  • Deslandes, R. (2015). «La collaboration famille-école-communauté», dans N. Rousseau (dir.), La pédagogie de l’inclusion scolaire, un défi ambitieux et stimulant, 3e édition, Québec, Presses de l’Université du Québec, p. 203-230.
  • Hattie, J. (2003). «Teachers make a difference: What is the research evidence?», étude présentée lors de l’ Australian Council for Educational Research Annual Conference on Building Teacher Quality, Melbourne, [En ligne], [https://cdn.auckland.ac.nz/assets/education/hattie/docs/teachers-make-a-difference-ACER-(2003).pdf].
  • Rousseau, N., L. Massé,, G. Bergeron, S. Carignan, C. Lanaris. (2014). «L’inclusion et la réintégration scolaire des élèves présentant un trouble du comportement», dans L. Massé, N. Desbiens et C. Lanaris (dir.), Les troubles du comportement à l 'école. Prévention, évaluation et intervention,2e édition, Montréal, Gaëtan Morin, p. 133-146.

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