Le rôle des parents dans la confiance en soi des enfants

À partir de 5 ans, l’enfant façonne son image de soi. Dans ce processus, les parents et les enseignants ont un rôle primordial à jouer : l'enfant apprend à se voir comme les autres personnes de son entourage le perçoivent. Voici comment aider son enfant à développer sa confiance en soi.

Comment nos pensées guident-elles nos comportements :
l’impact de VOS perceptions sur le fonctionnement de VOTRE enfant

Qu’est-ce que la perception de soi ?

Le concept de soi englobe la connaissance et l’évaluation de soi, et il se structure progressivement de la naissance à la mort (Wylie, 1979). Ici, nous faisons référence à la connaissance de nos forces et de nos défis. L’évaluation de soi englobe nos perceptions face à nous même, celles des personnes significatives autour de soi et le renforcement de notre environnement face à nos comportements.

 

Yamamoto (1971) soutient avec Glasser (1969) que la période de cinq à dix ans est critique pour l’évolution de l’image de soi. Ils soutiennent que les croyances sur soi, souvent erronées, sont formées et fortement renforcées par les parents tôt dans l’enfance. Il est donc important de changer les attitudes négatives de l’enfant envers lui-même dès les premières années de sa scolarité. Leur prémisse de base est que la famille, et éventuellement l’école, peuvent diminuer ou bien rehausser le niveau d’appréciation de soi chez l’enfant.

 

Quelles influences les parents peuvent-ils avoir vis-à-vis de leur enfant ou bien le comportement de leur progéniture ?

 

L’enfant apprend à se voir comme les autres individus « significatifs » le perçoivent. Suivant cette ligne de pensée, Gergen (1971) précise que l’évaluation des adultes a beaucoup d’impact, parce qu’ils sont crédibles pour les enfants. En effet, les parents et les enseignants jouent le rôle « d’expert ou de connaisseur de la vie » auprès d’eux.
Il semble aussi que les appréciations positives sont plus rapidement apprises, et plus vite oubliées, que les évaluations négatives (Gergen, 1971).

 

L’effet Pygmalion : le pouvoir des pensées sur les comportements de nos enfants et adolescents

 

D’une part, les gens ont peu, ou pas d’accès direct à leurs propres processus mentaux (Nisbett & Wilson, 1977). Étant donné que ces processus sont le plus souvent non-contrôlés, automatiques ou inconscients (Uleman & Bargh, 1989), il faut distinguer la manière dont les gens « pensent » et la manière dont les gens « pensent qu’ils pensent ». D’autre part, bien que les gens se montrent en général confiants et attachés à leurs propres jugements de valeur (Fisehoff et al., 1977), la manière dont ils les élaborent et les mettent à l’épreuve des faits s’écarte souvent des critères de la raison scientifique : « nous agissons en fonction de ce que l’on croit de nous-même ».

L’effet Pygmalion (ou effet Rosenthal) : théorie où le comportement d’une personne est influencé par ce que son entourage pense et attend d’elle ou la façon dont elle-même se perçoit.

« L’opinion et l’image que l’on a d’une personne va influencer la façon dont on la traite et les attentes qu’on a vis-à-vis d’elle. En réponse, cette personne aura tendance à ajuster son comportement pour qu’il soit conforme à notre niveau d’attente. Si je considère que mon enfant a une créativité débordante, je vais attendre de lui qu’il apporte des idées fraîches et des jeux créatifs et mon enfant va redoubler d’effort pour y arriver afin de ne pas me décevoir. » (Rosenthal et Jacobson, 1968).

 

Parent, si vous avez des attentes négatives envers votre enfant et que vous répétez que le comportement est inévitable dans le fonctionnement de votre enfant, vous y croyez de plus en plus et le comportement indésirable se produit de façon automatique. Lorsque vous êtes convaincus que votre enfant agira, de toute façon, d’une manière opposante, cette manière de se comporter aura tendance à faire surface dans la réalité. Vos pensées ont un impact direct sur l’action de votre enfant. En effet, vos pensées négatives renforcent l’apparition du comportement négatif chez votre enfant. À l’inverse, vos pensées positives renforcent l’apparition du comportement positif chez votre enfant.

 

Lorsque l’on pose une étiquette sur un acte, pour le parent, les conséquences de l’étiquetage sont de croire à ce jugement et de perdre le contrôle sur le fonctionnement de votre enfant. Pour l’enfant, l’impact est une diminution de l’estime personnelle et une démotivation à changer le comportement indésirable (Freedman & Fraser, 1966).

« Bum »« Monstre »« Tannant »« Délinquant »
« Tu n’es qu’un petit BUM, tu fais TOUJOURS tes propres règles sans penser aux conséquences. »« Celui-là, le MONSTRE de la classe, TOUJOURS en lutte de pouvoir avec l’adulte. Il ne comprend rien à rien.» « Bonjour le TANNANT de la maison, SYNONYME de déficit d’attention et d’hyperactivité dans tout. » « Alors, voici le DÉLINQUANT dans la maison, LE ROI du monde de la cachette et des mauvais choix. »

Quand l’étiquetage contribue à la délinquance

 

Les stéréotypes et les préjugés forgent les relations humaines et ils doivent rapidement être mis de côté en ce qui a trait aux comportements délinquants. Certains experts ont d’abord misé sur l’aspect sociologique (ex : une sous-culture) de la stigmatisation dont les jeunes contrevenants sont victimes (Shaw & Mckay, 1942 ; Becker, 1973) pour expliquer ce phénomène. Par exemple, en 1971, une recherche de Leblanc démontrait que l’étude de deux différents milieux de vie pouvaient amener des personnes à percevoir les mêmes comportements de jeunes contrevenants de façons différentes. Même geste, différentes perceptions. Curieux, non ?

 

Rappelons-nous l’aspect subjectif de la délinquance, c’est-à-dire qu’elle demeure construite et définie par les normes de la société (Spector & Kitsuse, 1977 ; Becker, 1973). Pour qu’un comportement suscite une désapprobation, il doit être désapprouvé. Mais par qui ? La loi, les policiers, les professeurs ou bien vous ? Toutes ces réponses. Votre réalité demeure unique, certes, mais également semblable à celle de plusieurs familles.

 

Votre enfant, soumis à son milieu de vie, aux autres acteurs de son quotidien (professeur, intervenants), à sa fratrie, ses amis, cherchera à trouver sa place. Questionnez-vous d’abord quant à votre tolérance et votre opinion vis-à-vis des comportements répréhensibles. Moindre est votre indulgence, plus prononcées seront vos réactions, d’où l’importance d’y réfléchir. Actuellement, les adolescents sont rapidement orientés vers des mesures extrajudiciaires, lorsque possible. Elles visent, notamment, leur conscientisation et leur responsabilisation (Gouvernement du Québec, 2006). Votre approche devrait susciter ces habiletés.

 

Autre réflexion pertinente : « La notion d’équité renvoie aux réalités de celui qui donne et de celui qui reçoit. La première réalité est celle de l’adulte, enseignant ou parent, qui distribue les ressources éducatives, affectives ou matérielles. L’adulte opère cette distribution en fonction de ce qu’il estime être juste ou légitime. De son côté, l’enfant évalue la légitimité de ce qu’il reçoit par rapport à ce qu’il estime avoir mérité comparativement aux autres enfants. De là, naît l’impression de justice ou d’injustice. Selon ce scénario, pour le moins compliqué, force est de constater que l’objectivité limpide n’existe pas. » (Meunier & Lacroix, 2012)

Le bon comportement à adopter

 

« Bien que la causalité d’un comportement soit théoriquement attribuable à des facteurs de type interne et externe chez l’enfant ainsi qu’à leurs interactions, ce sont les facteurs de type interne qui ressortent davantage dans l’émission d’un comportement. » (Meunier & Lacroix, 2012).

 

L’étiquetage peut être utilisé à bon escient. Selon Kraut (1973), votre objectif sera alors d’amener votre enfant à ressentir que ses bons coups font partie d’un tout et que ses erreurs sont passagères, indépendantes. Le but n’est pas de l’inciter à croire qu’il est parfait, mais plutôt à ce qu’il saisisse les raisons pour lesquelles il agit d’une manière ou d’une autre, pour qu’ultimement, cette mentalité soit appliquée ailleurs. D’un côté, un renforcement misant sur la valeur de l’acte (social), de l’autre, signifier l’efficacité de l’acte (fonctionnel).

 

À titre d’exemples :

  • Si un professeur est convaincu que ses élèves sont capables de réussir, ils auront de meilleurs résultats.
  • Si un parent dit de son fils qu’il est maladroit, celui-ci aura tendance à l’être.
  • Si on dit d’une personne qu’elle est généreuse, il y a plus de chances qu’elle multiplie les actes de générosité.
  • Si on est intimement persuadé d’être mauvais en cuisine, on a plus de risques de rater ses recettes.

 

La technique de pied dans la porte réside dans le fait de demander quelque chose avant d’énoncer la véritable requête ; la seconde requête se révélant être beaucoup plus coûteuse et difficile à accepter que la première. Ci-dessous, les énoncés en majuscules sont à privilégier.

Acte (P= Positif ; N= Négatif)FonctionnelSocial
L’enfant termine ses devoirs dans les délais prescrits. (P) «Tu as bien fait tes devoirs.» «TU ES EFFICACE !»
L’enfant prêt à l’heure en vue du départ pour l’école. (P)«Super ! Tu es prêt à l’heure.»«TU ES SI PONCTUEL»
L’adolescent ne répond pas à la question du parent. (N)«TU IGNORES MA QUESTION. CELA EST NONCHALANT !»«Tu es nonchalant.»
Les vêtements de l’enfant sont en désordre sur le plancher. (N). «TU TE LAISSES TRAÎNER.»«Tu es traineux»

Moyens d’interagir auprès de votre enfant

 

Les mots toujours et jamais sont à éviter dans vos propos.

 

Les questions suivantes sont pertinentes :

  • As-tu pensé à une autre option ?
  • Que gagnes-tu à adopter tel comportement ?
  • Que gagnes-tu à modifier tel comportement ?
  • Peux-tu me décrire ton comportement ?

 

Souvent, dans les familles nombreuses, « le petit monstre » comparativement à « l’ange de la maison » va être perçu de manière complètement différente et ainsi, leur traitement sera différent. D’où l’importance de prendre conscience de nos perceptions (Richmond, Stocker & Rienks, 2005).

 

Dans une optique où votre désir est de voir votre enfant changer une habitude, ce dernier doit ressentir qu’il est impliqué et que ce choix lui revient. Charles Kiesler, un professeur de psychologie sociale, était d’ailleurs d’avis qu’afin d’engager un changement, le désir devait provenir de la personne elle-même. Ainsi, il est impératif d’apporter les choses de manière à générer une liberté de choix, pour qu’au final, l’engagement dans ce processus soit efficace. Si la volonté est toutefois absente, misez sur la responsabilité personnelle d’agir de manière non-conforme et ce que cela implique (ex : tu t’absentes de tes cours, tu en subis les conséquences et cela t’indiffère.).

 

Selon Girandola (2003), un réflexe parfaitement normal serait de questionner votre enfant à savoir pourquoi il agit d’une manière x ou y. Or, il est démontré que de justifier un comportement empêche de générer une tension intérieure et est à l’origine d’une volonté de changement. Ainsi, lorsque vous êtes témoin d’un comportement répréhensible, amenez-le à décrire les gestes commis, les paroles lancées, plutôt que de l’écouter s’expliquer sur les motifs à l’origine de sa décision.

 

Dans un but de réduire les chances de voir ce comportement se reproduire (ex : refuser de faire son ménage), la communication engageante (Girandola, Joule, 2012) est une approche efficace. Elle consiste à faire précéder une tentative de persuasion (les avantages de la propreté) de la réalisation d’un acte libre et sans menace de coercition visant à « préparer » l’engagement souhaité (l’inviter à choisir une chose qu’il pourrait ranger/nettoyer et l’accomplir). Vous pourriez tout autant inviter celui-ci à signer une promesse fictive (je m’engage à nettoyer ma chambre) et à lui enseigner l’importance de tenir parole. Bien que cela puisse sembler banal, l’engagement que ce geste suscite améliore vos chances que votre point de vue soit considéré. Votre enfant est l’acteur de son propre changement et fait des liens entre ce qu’il fait et ce qu’il est (ou veut devenir) (Girandola, 2003). En d’autres mots, il se perçoit d’une façon et agit comme tel.

La confiance en soi pour tous

 

Pour aider son enfant à avoir une bonne image de soi, il faut commencer par soi. Voici quelques conseils pour des adultes ou des adolescents, pour utiliser l’effet Pygmalion comme un levier et non un frein.

 

  • Porte sur toi et sur les autres un regard bienveillant et encourageant.
  • Attends le meilleur plutôt que le pire
  • Éviter de généraliser, de catégoriser, de stigmatiser
  • Sois attentif aux jugements que ton entourage porte sur toi et demande-toi en quoi cela a un impact sur ton comportement et ta personnalité.
  • Lutte contre tes croyances limitantes : fais taire ta petite voix intérieure lorsqu’elle te susurre des croyances pessimistes, qu’elle te fait douter de toi-même et te fait vivre des émotions négatives NON-NÉCESSAIRES.

 

Les gens croient ce qu’ils s’entendent dire

Pensée Émotion Action
« Je suis un leader positif dans ma classe. »ConfianceAdoption de comportements positifs et constructifs dans le groupe.
« Je suis stressé d’aller dans le cours de mathématiques, je vais encore rien comprendre. » AnxiétéÉvitement du cours.
« Je suis un enfant généreux et aimable. »Valorisation personnelle - déterminationPartage des jouets avec les pairs.

Références

  • Becker, H. S. (1973). Outsiders, Studies in the Sociology of Deviance. NY: Free Press
  • Dépret, É. & Filisetti, L. « Juger et estimer la valeur d'autrui : des biais de jugement aux compétences sociales », L'orientation scolaire et professionnelle[Online], 30/3 | 2001,
  • Fointiat, V., Priolo, D., Saint-Bauzel, R., & Milhabet, I. (2013). Justifier nos transgressions pour réduire notre hypocrisie? Hypocrisie induite et identification des transgressions. Revue internationale de psychologie sociale, 26(4), 49-78.
  • Freedman, J. L., & Fraser, S. C. (1966). Compliance without pressure: the foot-in-the-door technique. Journal of personality and social psychology, 4(2), 195.
  • Girandola, F. (2003). Psychologie de la persuasion et de l’engagement
  • Girandola, F., & Joule, R. V. (2012). La communication engageante: aspects théoriques, résultats et perspectives. L’Année psychologique, 112(1), 115-143.
  • Gouvernement du Québec, G. (2006). L’encadrement des jeunes contrevenants dans la communauté. Guide d’intervention en matière de probation juvénile, mise à jour 2006 intégrant les dispositions de la LSJPA.
  • Kraut, R. E. (1973). Effects of social labeling on giving to charity. Journal of experimental social psychology, 9(6), 551-562.
  • LeBlanc, M. (1971). La réaction sociale à la délinquance juvénile: une analyse stigmatique. Acta criminologica, 4(1), 113-191.
  • Meunier, J-C. & Lacroix, J. (2012). Le sentiment d’injustice à la maison et à l’école est-il inévitable ? Fédération des Associations de Parents de l’Enseignement Officiel (Les analyses de la FAPEO)
  • RICHMOND Melissa K., STOCKER Clare M., RIENKS Shauna L., “Longitudinal associations between sibling relationship quality, parental differential treatment, and children's adjustment” in Journal of Family Psychology, n°19, pp.550-559, 2005.
  • ROSENTHAL Robert, JACOBSON, Leonore, “Pygmalion in the classroom” in The Urban Review, n°3, 16-20, 1968.
  • Spector, M., & Kitsuse, J. I. (2017). Constructing social problems. Routledge.

À retenir

  • L'enfant apprend à se voir comme les autres individus « significatifs » le perçoivent.
  • Les pensées négatives renforcent l’apparition du comportement négatif chez l’enfant. À l’inverse, les pensées positives renforcent l’apparition du comportement positif chez l’enfant.
  • Amener l'enfant à ressentir que ses bons coups font partie d’un tout et que ses erreurs sont passagères, indépendantes.
  • Si on dit d’une personne qu’elle est généreuse, il y a plus de chances qu’elle multiplie les actes de générosité.
  • Dans une optique où votre désir est de voir votre enfant changer une habitude, ce dernier doit ressentir qu’il est impliqué et que ce choix lui revient. Dans une optique où votre désir est de voir votre enfant changer une habitude, ce dernier doit ressentir qu’il est impliqué et que ce choix lui revient.

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